1954 : Conscience de la féminité

Publié en 1954 aux Éditions Familiales de France, collection de l’Institut des Hautes Études Familiales fondée par Paul Archambault, continuée par Jacques Paliard, dirigée par Jean Viollet.
446 pages.
Recueil d’articles d’une trentaine de collaboratrices, réunis par Jean Viollet.

Table des matières :

AVERTISSEMENT : Féminité adulte, par Nicole Meyer

INTRODUCTION : Au delà du féminisme, par Pauline Le Cormier

PREMIÈRE PARTIE : COMPOSANTES DE LA FÉMINITÉ

I. Féminité et physiologie, par le Dr Béatrice de Franc
II. Féminité et psychologie, par Maryse Choisy
III. Féminité et autonomie du jugement, par Suzanne Nouvion
IV. Féminité et religion, par Suzanne Nouvion
V. Littérature et féminité, par Denise Venaissin
VI. Arts et féminité, par Yvonne Chauffin
VII. La mode et l’âme féminine, par Claude Labeye
VIII. La femme à travers l’histoire, par Marie-Madeleine Martin
IX. Femmes à travers le monde, par Marcelle Leconte

DEUXIÈME PARTIE : QUELQUES SYMPTÔMES DE LA FÉMINITÉ NOUVELLE

A. PROBLÈMES GÉNÉRAUX

I. Indépendance économique de la femme, par Jeanne Picard
II. La femme et le monde du travail, par Clara Candiani
III. Responsabilités civiques et politiques de la femme, par Suzanne Bruhl-Lehmann
IV. La femme devenue chef de famille, par le Dr Jeanne Héon-Canonne

B. PROBLÈMES DES FEMMES SEULES

I. Angoisse de la jeune fille contemporaine, par Jacqueline Daubigny
II. Les non-mariées, par Marcelle Peyré
III. Diminution des vocations religieuses, par Sœur Marie de la Croix
IV. Carrières féminines, par Marie de Taillandier et Andrée Butillard
V. Problèmes de l’adoption pour une femme seule, par Germaine Le Bourgeois

C. PROBLÈMES CONJUGAUX

I. L’épouse, partenaire à égalité, par Jacqueline Martin
II. Conception nouvelle de la maternité, par Paule Fougère
III. Désaffection des tâches ménagères, par Janick Arbois
IV. Esprit nouveau de la tâche éducative, par Anne Jacques
V. La femme sans enfant, par Renée Mauger-Kauffmann
VI. Problèmes de l’adoption pour des époux, par Germaine Le Bourgeois

TROISIÈME PARTIE : STYLES DE VIE
(PROFILS PSYCHO-SOCIAUX)

I. Femme ouvrière… Femme d’ouvrier, par Marcelle Leconte
II. La femme de marin, par Marcelle Leconte
III. La femme rurale, par Marguerite Lambert
IV. La femme des milieux indépendants, par Anne Prillot
V. L’intellectuelle, par Régine Pernoud
VI. La femme malade, par Yvonne Chauffin
VII. Simone Weil, femme autonome, par Marie-Madeleine d’Hendecourt

CONCLUSION

  • Texte de l’Avertissement : Féminité Adulte, par Nicole Meyer :

La femme contemporaine est prête à penser sa condition. Consciente de ses droits, de ses devoirs, de son rôle et de sa dignité, elle n’entend plus se situer uniquement en fonction de l’homme. Elle est capable de se définir elle-même du point de vue de sa féminité. Or celle-ci a ses qualités propres, ses besoins, ses goûts et ses responsabilités. Si donc la femme moderne sait se maîtriser, se cultiver, s’épanouir, elle parviendra à se forger une personnalité autonome, qui ne sera plus le reflet ou la réplique de la personnalité masculine. Cependant la femme actuelle se garde de vouloir rééditer l’erreur du féminisme. Elle ne réclame pas d’être assimilée à l’homme et confondue avec lui. Si elle désire être son égale, ce n’est ni pour l’imiter ni pour le supplanter. Elle se sait différente de lui et complémentaire. En conséquence, elle ne recherche pas une impossible et ridicule identité avec lui. Ce qu’elle veut, c’est être réellement personne féminine, consciente, libre et responsable. Elle souhaite se réaliser, se développer et s’achever dans sa propre ligne. Et pour cela elle entend se donner un style de vie qui réponde à ses aptitudes comme à ses aspirations.
En croyant cela, n’est-elle pas dans l’illusion ? C’est ce que continuent à dire ceux qui voudraient la maintenir en tutelle. Pourtant il convient de ne pas se leurrer. Il ne suffit pas d’écrire des livres sur les capacités el les revendications de la femme. Il faut faire plus, il faut agir. Il appartient aux femmes d’aujourd’hui de prouver qu’elles sont capables de créer, d’inventer des valeurs humaines dans tous les domaines : valeurs culturelles, sociales, morales, religieuses. De fait, la femme accède de nos jours à la majorité politique, à l’indépendance économique, à l’autonomie professionnelle, à la bilatéralité matrimoniale, à l’action civique et religieuse nettement raisonnée, au savoir et à la réflexion personnels. Ces diverses promotions ne vont pas sans difficulté, sans risques et sans problèmes. Mais la femme est la première à s’en rendre compte. Pour la première fois dans l’évolution sociale et historique, elle aperçoit l’ampleur des tâches qui l’attendent et la nécessité d’y faire face en connaissance de cause.
Le danger le plus redoutable serait que cette montée vers l’âge adulte de la femme se fît en dehors de l’esprit chrétien. C’est pourquoi les femmes qui croient à l’efficacité des valeurs chrétiennes doivent se rendre présentes au mouvement contemporain qui vise à instituer un nouveau « patron » de féminité. Il serait grave qu’elles perdissent l’occasion de spiritualiser ce mouvement. Elles ont la possibilité aujourd’hui de modifier dans un sens meilleur la condition féminine. A elles de ne point la laisser échapper.
Premier livre rédigé par des femmes sur la féminité consciente et autonome dans le cadre de la société contemporaine, Conscience de la Féminité voudrait contribuer à cette tâche. Le choix de nos collaboratrices, la diversité de leurs talents, la variété de leurs procédés d’investigation et jusqu’à cette manière sinueuse, hésitante, brisée, qui retient la plume de quelques-unes d’entre elles, diront assez que la conscience féminine de soi n’a rien d’une démarche uniforme. Raison de plus pour entrer généreusement dans toutes ces attitudes, dans ces scrupules et parfois dans cette brume. La femme n’est rien sans la nuance ; elle n’advient à la conscience et à la maîtrise de soi que par ces détours, ces perpétuels recommencements d’analyses, cette volonté d’assumer le détail et de le sauver comme détail. Je devine que nos lecteurs hommes trouveront ici une logique différente de la leur. Mais leur tort serait de croire que la logique masculine se confond avec LA Logique. En vérité, l’esprit de géométrie a besoin de l’esprit de finesse. Si l’homme apporte surtout le premier, nous pourrions apporter surtout le second. Ou plutôt, hommes et femmes ensemble, si nous savons unir nos efforts, nous pourrons susciter un nouveau genre de culture : celui où la rigeur ne nuirait plus au délié de la pensée, ni le sentiment au jugement. Le rêve de Maryse Choisy serait alors réalisé : un nouveau rapport homme-femme aurait engendré un nouveau type d’humanité.

  • Extrait de l’Introduction : Au delà du féminisme, par Pauline Le Cormier :

Les révolutions les plus importantes ne sont pas toujours présentées comme telles par les contemporains. Celle que, sous le nom de promotion féminine, les cent dernières années ont vu s’accomplir, à un rythme timide et lent d’abord, précipité ensuite, semble justifier pleinement cette remarque. Nous sommes maintenant, dans l’ensemble et à quelques réticences près, aussi habitués à voir une femme dans une chaire de Faculté ou aux commandes d’un avion qu’à recevoir chez nous, sans quitter nos pantoufles, les voix et les images du monde. Pas plus que nous n’éprouvons le besoin, chaque fois que nous tournons un commutateur électrique ou décrochons notre téléphone, d’évoquer le temps des lampes Carcel ou celui des lents courriers, nous n’avons l’idée de mesurer en toute occasion le chemin parcouru depuis un siècle par la condition féminine.
Ceux que des positions d’ordre personnel ou doctrinal avaient conduits à considérer tout d’abord cette évolution avec perplexité, ceux même qui persistent à y voir un fait social regrettable et peut-être dangereux, se sont lassés de s’inquiéter ou de s’indigner. Ou peut-être n’osent-ils plus le faire, sauf en de brefs sursauts. Qui aujourd’hui voudrait rééditer les lourdes et grasses plaisanteries dont le Journal Officiel d’entre les deux guerres a gardé l’écho, tels jours où il fut question, au Parlement, d’admettre les femmes à la profession d’huissier ou à la dignité d’électrices ?
Les nouvelles « promues », elles-mêmes, se sont si bien habituées aux nouveaux modes de vie féminins qu’elles semblent parfois avoir totalement oublié qu’un passé récent en connut d’autres. Il arrive que ce point d’histoire leur paraisse tout à fait étranger. Certes, la mode n’est plus en aucun domaine de se réclamer des grands ancêtres. Jamais jeunesse plus que celle d’aujourd’hui ne fut persuadée que le monde commença avec elle. J’ai sous les yeux une photographie prise le jour (c’était en 1951) où les avocates célébraient au Palais de Justice de Paris le cinquantenaire de leur corporation. Hasard ou réalité symbolique ? On y cherche les jeunes visages à côté des femmes mûres venues là évoquer les temps héroïques du début quand la présence d’une femme en longue robe et rabat dans le temple de la justice y faisait encore sensation. Tout de même, ces diplômes et ces concours dont aucune bourgeoise ne voudrait, aujourd’hui que la mode s’en est généralisée, se passer sons nécessité absolue, ces professions qu’elles exercent toutes maintenant et que, même mariées, elles conservent très souvent parce qu’elles y trouvent, avec un appoint budgétaire toujours appréciable, sinon indispensable, un élément d’intérêt dont elles ont pris l’habitude et la démonstration flatteuse de leur valeur sociale, il y eut des pionnières pour en forcer les portes et s’engager les premières dans des voies maintenant frayées, mais alors encombrées de difficultés de tout ordre […]

Quelques extraits de critiques :

  • Revue des Sciences Religieuses :

Plus de vingt-cinq collaboratrices ont écrit ce volume. La première partie (Composantes de la féminité) est, par définition, la plus générale. C’est peut-être aussi la plus inégale: ce qui surprend un lecteur masculin, c’est le goût de certaines rédactrices pour les abstractions (même colorées ou coloriées de théories à la mode) et l’absence fréquente d’auto-critique ou d’humour. Sauf quelques charmantes exceptions, que ces dames sont sérieuses ! Mais n’insistons pas, nous serions discourtois. J’ai trouvé le ton meilleur dans la deuxième partie (quelques symptômes de la féminité nouvelle) où sont considérés les problèmes économiques, civiques, etc…, puis les problèmes de la femme seule et ceux de l’épouse et de la mère. […]

  • Revue des sciences philosophiques et théologiques :

Un recueil intitulé Conscience de la féminité contient une trentaine d’articles de longueur et de valeur inégales qui envisagent les composantes de la féminité et les divers aspects (familiaux, sociaux, économiques) de son état nouveau. Quelques-uns sont d’excellente facture (J. Daubigny, J. Héon-Canonne, Cl. Labeye), mais plusieurs autres ne dépassent pas le niveau d’un médiocre journalisme. Pour le plus grand nombre, il s’agit de témoignages qui reflètent la cruelle incertitude des femmes elles-mêmes à l’égard de leur condition. Ces aspirations assez confuses et souvent contradictoires témoignent malheureusement du désarroi plus qu’elles n’en préparent la solution.

  • Revue de théologie et de philosophie :

Rien de moins rébarbatif, de moins sentimentalement mièvre que la lecture de ces études écrites avec esprit, avec un sérieux souci d’information.

  • Documents économie et humanisme :

Parmi les dernières publications sur les problèmes féminins, il faut certes retenir l’ouvrage édité par l’Institut des Hautes Études Familiales, « Conscience de la Féminité » qui, réalisé par une équipe féminine très largement ouverte, est en fait l’expression d’une élite intellectuelle et spirituelle. Ceci n’enlève rien à la valeur des témoignages mais en limite forcément la portée à toutes celles qui ont pu ou peuvent du fait de leurs conditions économiques et sociales, approfondir à loisir et saisir avec acuité la « conscience de leur féminité ». Cette copieuse étude s’est proposée comme but de « faire le point de l’évolution féminine : essayer de déterminer dans quelle mesure la femme contemporaine a intégré cette évolution, dégager les conditions souhaitables pour acheminer cette évolution vers un terme lui-même à définir ». On retiendra surtout les conclusions où la promotion féminine est définie dans son acception la plus valable et dans son exigence fondamentale comme un aspect de la promotion humaine. On peut féliciter les auteurs d’avoir tracé les devoirs réels d’un féminisme bien compris et d’avoir émis des principes excellents. Mais on peut toutefois leur reprocher de fonder un peu trop exclusivement tous les espoirs sur la « femme des milieux indépendants » pour créer un nouveau type de civilisation et de ne pas tenir assez compte de toute une catégorie économique — du monde du travail — à peine sociale et entrevue dans cette étude et pour qui la libération n’est pas suffisamment pensée et définie en termes économiques. Et pour toutes ces femmes, il importe de ne pas se contenter d’un bilan philosophique ou historique mais de rechercher les espérances futures.