Ce que disent leurs mains : Georges Courteline

Article paru dans L’Intransigeant du 17 août 1926 :

CE QUE DISENT LEURS MAINS

GEORGES COURTELINE

Main noueuse et essentiellement philosophique gouvernée par Mercure, Soleil et Lune, telle est la main de M. Georges Courteline. C’est un intellectuel à sensibilité très subtile, très nerveuse, très impressionnable. D’où conflit perpétuel entre l’intelligence souple ainsi que l’indique la ligne de tête fourchue et l’intuition sentimentale. Comme chez presque tous les humoristes, le Mont de Saturne est rayé et trahit un profond pessimisme intime. Rien n’est plus mélancolique que la gaieté de M. Courteline, si ce n’est la gaieté d’un autre homme d’esprit.
Les colères sont rares et sérieuses, les sympathies et les antipathies fort prononcées. Les doigts noueux disent l’esprit critique, l’analyse minutieuse, l’observation impitoyable, l’ordre et la méthode. L’imagination cependant est synthétique et se plaît à construire. Elle sait styliser le « type » dans la multiplicité informe des événements qui passent. L’auriculaire est très sensible au sens du ridicule et des proportions. Le pouce témoigne d’une volonté puissante, diplomatique, persévérante et d’une force consciente d’elle-même.
Nulle trace de vanité. Un orgueil réservé. Une timidité maîtrisée. Beaucoup de fantaisie sous une dignité extérieure. Une bonté immense et une prodigalité générale.
La première éducation est sévère. Néanmoins les opinions de M. Courteline évoluent et se recréent sans cesse, ce qui lui donne une jeunesse d’esprit éternelle. Rien de figé, d’arrêté, de sectaire dans cette main pleine de compréhension. La ligne de destinée prouve que la gloire de M. Courteline n’est due ni à la chance ni au hasard mais à son propre travail. On lit aussi chez lui du mysticisme. Un mysticisme large et un peu spécial, qui lui confère une religion très personnelle.

Maryse Choisy